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	<title>Mango Films</title>
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	<description>Engaged documentary film-makers</description>
	<pubDate>Fri, 06 Aug 2010 03:17:01 +0000</pubDate>
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		<title>Josée Blanchette rencontre Catherine Hébert, tout juste rentrée de Bamako</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Jul 2010 03:14:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Presse]]></category>

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Partis faire une marche - De Saint-Malo à Bamako
Josée Blanchette, Le Devoir,   16 juillet 2010


C&#8217;est à se demander ce qu&#8217;ils ont tous à vouloir aller faire une marche. Une vraie marche, pas un trek héroïque, pas une balade de quartier, non, un pèlerinage style Compostelle, introspectif, inconfortable, spirituel, accessoirement sportif, qui vous ramène [...]]]></description>
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<h3>Partis faire une marche - De Saint-Malo à Bamako</h3>
<p>Josée Blanchette, Le Devoir,   16 juillet 2010</p></div>
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<p>C&#8217;est à se demander ce qu&#8217;ils ont tous à vouloir aller faire une marche. Une vraie marche, pas un trek héroïque, pas une balade de quartier, non, un pèlerinage style Compostelle, introspectif, inconfortable, spirituel, accessoirement sportif, qui vous ramène sur le plancher des vaches et vous inflige des ampoules aux pieds, vous grise durant des mois, vous donne envie de renouer avec la simplicité d&#8217;être et la charité pas toujours ordonnée, vous place en porte-à-faux avec les valeurs de la majorité.</p>
<p>Lorsque la documentariste québécoise Catherine Hébert a décidé de suivre le lecteur public français Marc Roger avec sa caméra, elle ne se doutait pas qu&#8217;elle allait devenir co-aventurière d&#8217;une équipée composée d&#8217;un poète et d&#8217;un âne-bibliothèque. Au départ de Saint-Malo, fin mai 2009, Marc Roger s&#8217;avérait un sujet de film inspirant, ludique, philosophique, visuellement porteur avec son âne porte-bagages. Son projet de faire la lecture 160 fois tout du long d&#8217;une méridienne imaginaire, 5000 km, soit cinq pays entre la Bretagne et le Mali, donnait un tour à l&#8217;imagination. Le griot blanc a consacré quatre ans à organiser son voyage initiatique. Catherine, elle, a mis quelques semaines à aller le rejoindre pour de bon.</p>
<p><span id="more-251"></span></p>
<p>«Je suis rentrée à Montréal après le départ de Marc à Saint-Malo et j&#8217;éprouvais un malaise, explique Catherine. Un road movie, c&#8217;est aussi quand il ne se passe rien. J&#8217;ai réalisé que je ferais partie de l&#8217;aventure. Ce n&#8217;était plus un projet de film, mais un projet de vie.» Et à 35 ans, Catherine était à la croisée des chemins dans sa propre vie, prête à tout larguer. Elle est partie rejoindre Marc et Babel (il y en a eu trois) à Madrid. Ils ont marché côte à côte et à la queue leu leu durant huit mois.</p>
<p>Les canicules que connaît Montréal depuis que Catherine est rentrée de Bamako le 19 juin dernier? De la Coronita à côté de la portion africaine du trajet, qui forçait le trio à cheminer de 5h à 9h du matin, avant que le mercure ne grimpe à 45 °C.</p>
<p>Il faut dire que Catherine n&#8217;a jamais eu froid aux yeux. Ses derniers documentaires traitaient notamment de la guerre en Ouganda, des ex-prisonniers de camps de concentration japonais, des femmes vitriolées au Bangladesh et des femmes victimes de violence sexuelle dans l&#8217;est de la République démocratique du Congo. «J&#8217;étais un peu down; je me suis dit que j&#8217;étais peut-être mûre pour quelque chose de plus léger», admet-elle comme si elle parlait d&#8217;un banal choix de destination vacances.</p>
<p>Prendre la route huit mois, à raison de 15 à 30 kilomètres par jour selon le climat, pour suivre un beau parleur itinérant, la reposerait un temps des horreurs du monde qu&#8217;elle s&#8217;est employée à filmer avec application et lucidité depuis dix ans. Cette fois, elle voyagerait léger.</p>
<p>La méridienne du griot blanc (et de sa muse)</p>
<p>Et tant qu&#8217;à passer pour barjot, autant être deux. Quant à l&#8217;âne, il passait pour un âne. «Ça bouscule, un gars qui se promène avec un âne. L&#8217;itinérance dérange. Combien de gens lui ont demandé pourquoi il ne s&#8217;était pas loué une auto», rigole Catherine.</p>
<p>«À l&#8217;époque de la vitesse, choisir un âne dérange et aller à la rencontre de l&#8217;Autre à l&#8217;ère des rencontres virtuelles va à contre-courant. Et ce qui va à contre-courant est nécessairement provocateur», écrit Catherine dans la note d&#8217;intention de son film.</p>
<p>Devenir itinérants, c&#8217;est aussi se retrouver à la merci du hasard, au petit bonheur la chance. En Espagne, Marc a dû payer des paysans pour que l&#8217;âne puisse brouter un peu d&#8217;herbe dans leur pré. Alors qu&#8217;au Sénégal, chez les Peuls, on leur sortait la natte, le savon et l&#8217;eau, la bouffe, 20 secondes après leur arrivée. «On couchait chez l&#8217;habitant et l&#8217;âne aussi. Cette hospitalité porte même un nom, c&#8217;est la teranga sénégalaise, l&#8217;accueil du voyageur», explique Catherine.</p>
<p>«Les gens sont bouleversés ou confrontés par le passage du lecteur public. Son geste est simple mais les réactions personnelles sont complexes. [...] Comme lui, nous ne sommes que de passage&#8230;», écrit encore la cinéaste dans son document de travail.</p>
<p>Au Maroc, l&#8217;étrange trio a même été placé sous écoute et suivi par les services de police locaux, soupçonnés d&#8217;être des trafiquants de drogue. Leur croisade littéraire, dont le but ultime consistait à partager l&#8217;amour de la lecture et des livres, ne pouvait être que de la frime.</p>
<p>Pour Catherine, la littérature était peut-être plus secondaire. Quoique. Dormir dans une école coranique au Sénégal et voir les enfants écouter La grenouille à grande bouche tout en ne sachant pas s&#8217;ils ont le droit de rigoler, ça laisse des images qui s&#8217;imprègnent en soi.</p>
<p>Pèlerins et fil conducteur</p>
<p>De ce voyage, Catherine rapporte autant de questions que de certitudes. Elle a renoué avec le fatalisme africain, s&#8217;est mise à vivre selon cette phrase du journaliste polonais Kapuscinski, qu&#8217;elle admire: «Personnellement, j&#8217;éprouve un puissant besoin d&#8217;empathie; j&#8217;ai besoin de vivre l&#8217;histoire avec les gens.» Elle a voulu tisser un lien entre les peuples en documentant le passage de Marc Roger.</p>
<p>«Ce qui nous relie et les différences m&#8217;ont sauté au visage, résume-t-elle. Les Espagnols n&#8217;ont rien à foutre des Marocains et les Marocains ne se sentent pas Africains. Nous vivons chacun dans nos bulles. Ce voyage visait à faire éclater les frontières par les livres, à offrir quelques moments de partage supplémentaires.»</p>
<p>Elle ne supporte plus d&#8217;entendre que les Africains ne sont pas pauvres, que c&#8217;est son regard d&#8217;Occidentale qui colore leur réalité.</p>
<p>«On appartient tous à la même histoire, on vit tous les mêmes histoires, on a tous les mêmes besoins. C&#8217;est bon de se le rappeler. Par contre, en Afrique, la tradition orale est très forte. En Espagne, aucune écoute, les gens parlaient durant les contes. La culture de l&#8217;écoute n&#8217;est pas la même partout.»</p>
<p>Rien n&#8217;est plus vrai. La sortie du film de Catherine Hébert est prévue pour l&#8217;automne 2011 et les télédiffuseurs publics (Radio-Canada, Télé-Québec) ont jugé son documentaire «à faible potentiel commercial»&#8230; Une sacrée bonne nouvelle, selon elle. Il faudra s&#8217;extirper de son petit confort pour attraper son road movie au vol dans un cinéma de répertoire.</p>
<p>En attendant, Catherine se cherche un job d&#8217;été. Elle sait tout faire, sauf baisser les bras.</p>
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		<title>Arrivée à Bamako</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Jun 2010 21:32:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Nous y voilà enfin : Bamako. Point final de la méridienne Saint-Malo • Bamako, imaginée et marchée par Marc Roger. C&#8217;est en train que nous franchissons les quelque 600 kilomètres qui nous séparent de la ligne d&#8217;arrivée. Un mur de chaleur qui atteint 45 degrés tous les jours s&#8217;est dressé sur notre chemin. Les points [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Nous y voilà enfin : Bamako. Point final de la méridienne Saint-Malo • Bamako, imaginée et marchée par Marc Roger. C&#8217;est en train que nous franchissons les quelque 600 kilomètres qui nous séparent de la ligne d&#8217;arrivée. Un mur de chaleur qui atteint 45 degrés tous les jours s&#8217;est dressé sur notre chemin. Les points d&#8217;eau sont rares. Ce n&#8217;est plus possible de marcher. Dans le train cliquetant qui nous éloigne de Kayes, les chiffres tournoient dans ma tête. Deux mille kilomètres à pied. Cinq pays traversés. Huit mois de voyage. J&#8217;ai été presque surprise de mettre les pieds dans une ville; au fil des semaines et des mois, Bamako s&#8217;était muée en symbole, en une métaphore du point vers lequel corps et esprit tendaient chaque jour, même les jours d&#8217;immobilité. Mais Bamako était bien là, et nous a accueillis avec la parfaite indifférence des villes occupées à gérer le cafouillis bouillant de ses 1,6 millions d&#8217;habitants, qui tentent tant bien que mal de s&#8217;y mouvoir. La dernière question qui surgit est formulée par Marc, et elle me hante encore en cette veille de retour à Montréal : doit-on craindre la fin d&#8217;un voyage ?<br />
</span></p>
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		<title>Kidira, frontière malienne</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Apr 2010 21:40:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La brousse donc. À peine une semaine de marche. De l&#8217;extérieur, ce sont sept jours, ridicules dans le calendrier ou dans le cours d&#8217;une vie. Une page tournée dans l&#8217;agenda. De l&#8217;intérieur, un véritable voyage dans le voyage. Jour après jour, la chaleur nous a terrassés. Comme me l&#8217;a dit un vieux : « La chaleur ici, elle vous pique jusqu&#8217;aux os ». Oui. Elle nous a usés jusqu&#8217;au os.  Hier soir, nous nous sommes posés, le corps cassé, le souffle court, les paupières brûlées, la peau des pieds desquamée, les talons crevassés (il devait bien faire 60 degrés dans mes chaussures). Et, en tête, cette pensée obsédante : mais de quoi est donc fait le peuple de la région du Fouta, et tous les peuples du Sahel, pour vivre, manger, bouger, baiser, exister dans cette chaleur qui transforme le toubab en loque humaine en moins de deux ?</p>
<p><strong><span id="more-172"></span></strong>Une journée en brousse. Le matin, nous marchons de 6h30 à 10h. 10km environ. Dès le cap de 10h passé, l&#8217;urgence se fait sentir. Trouver un refuge avant le coup de 11h, sinon, le monstre-soleil va nous engloutir. Et, franchement, ça ne fera aucune différence. La brousse rappelle l&#8217;humilité qui est de mise quand vous êtes un Homme blanc au pays de l&#8217;Homme noir. Ça vous rappelle aussi que les maux de l&#8217;esprit s&#8217;attaquent surtout aux biens nantis. Ici, c&#8217;est le corps qui commande. Il veut de l&#8217;ombre. Il veut de l&#8217;eau. Il veut respirer moins fort, de peur de se brûler les narines. Une fatigue indescriptible nous gagne. Il fait déjà près de 45 degrés. Le corps. Ne veut plus. Bouger.</p>
<p>Nous nous arrêtons dans un village. Chaque fois, nous sommes accueillis comme des frères. Il paraît que c&#8217;est ça la terangua (hospitalité) sénégalaise : l&#8217;étranger n&#8217;existe pas. « Ou s&#8217;il existe, comme me l&#8217;a dit un autre,  alors mon propre fils est un étranger ». On étend au sol une natte pour nous. On nous donne un sceau d&#8217;eau pour se laver, une fête pour le corps meurtri qui est devenu le nôtre. Marc et moi nous allongeons en tentant de ne pas soupirer pour ne pas se décourager mutuellement. Les heures vont s&#8217;écouler à une lenteur effrayante. On somnole, on se réveille baignés de sueur, on sombre dans une léthargie dans laquelle j&#8217;ignorais pouvoir tomber. On attend. Sans pause entre ses questions, une femme me demande : Ça va ? Ça va encore ? Ça va toujours ?</p>
<p>Le mot attente serait ici un euphémisme. Je ne sais comment décrire notre immobilisme, l&#8217;état de prostration auquel nous sommes réduits.</p>
<p>À 17h, on repart. On mouille pantalon, chemise, chapeau et foulard pour créer un micro climat sur notre peau qui durera bien, bof,  30 minutes ? C&#8217;est déjà ça de gagné.  Nous marcherons jusqu&#8217;à la tombée du jour. Il fait déjà noir quand nous nous posons pour la nuit. Ce n&#8217;est donc que le matin que nous découvrirons le visage de notre hôte, qui nous accueille, encore une fois, sans hésitation et sans méfiance aucune. Comme si c&#8217;était la chose la plus naturelle du monde que deux toubabs débarquent dans sa cours et demandent le gîte pour la nuit. Impressionnant. Marc décharge Babel. Je m&#8217;étends sur une nouvelle natte, sous un ciel richement étoilé, qui semble n&#8217;avoir jamais hébergé le Dieu-soleil en son sein. Nos hôtes partagent avec nous leur maigre repas. Tout le monde mange lentement, et en silence. Comme nous sommes tous regroupés autour d&#8217;un même grand plat, chacun fait attention de ne pas grappiller la part du voisin à droite ou à gauche. Il m&#8217;arrive alors de penser au retour ; à la première fois que je remettrai les pieds dans un supermarché, moment que je redoute chaque fois que je rentre. Et là, je me questionne sérieusement sur le sort du monde sans pouvoir y apporter ne serait-ce qu&#8217;un gramme de réponse.</p>
<p>Nos nuits sont trop courtes. Nous n&#8217;arrivons à nous endormir que vers 2h du matin, quand le vent se rafraîchit enfin. Avant, nous tournoyons comme deux méchouis pour sécher le côté du corps côté matelas, trempé. Encore ? Encore. Toujours ? Toujours.  Le premier appel à la prière nous réveille dès 5h. Eh oui, ils sont toujours là les muezzins, et à leur vigueur vocale, je me dis qu&#8217;eux (les salauds&#8230;) ont dû très bien dormir.</p>
<p>Hier soir, épuisés, nous avons mis Babel sur un camion et avons franchi les derniers 150 km qui nous séparaient de la frontière malienne. On cherche comment on va faire pour la suite. Plus question de marcher : on ne finirait pas le voyage. Il y a bien un train qui se rend au Mali. On nous a dit qu&#8217;on pouvait y embarquer moutons, chèvres, et bœufs, mais pas d&#8217;âne&#8230; à voir.</p>
<p>Et le film dans tout ça ? Bien sûr, j&#8217;ai tourné comme j&#8217;ai pu. Bien sûr que tout ça ne sera pas dans le film. Je ne sais plus très bien ce qui appartient au film, ce qui appartient au voyage, et ce qui appartient aux deux. Je suis mon intuition, en espérant qu&#8217;elle est intacte et qu&#8217;elle n&#8217;a pas fondu à mon insu.</p>
<p>Je garde le très beau souvenir de deux petits bergers peuls. Ils sont frères. Alasan et Ali. L&#8217;un garde le troupeau de bœufs, et l&#8217;autre le troupeau de chèvres. Ils sont rapides, et je les perds parfois dans la savane qui s&#8217;étend à perte de vue. Quand je demande au plus petit, Alasan, quel âge il a, il regarde Malick qui m&#8217;accompagne avec un air gêné : « Je ne sais pas&#8230; » me répond-il.  Et moi, je suis là, ridicule avec ma caméra entre les mains. Je n&#8217;ai plus de questions.</p>
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		<title>Arrêt obligé à Ourossogui</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Apr 2010 20:23:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Nous venons de nous poser dans une petite ville. Pour cause de fatigue. Pour cause d&#8217;échec de notre logistique. La charette, qui devait être notre nouveau moyen de locomotion, n&#8217;a pas rempli ses promesses. Babel III refusait d&#8217;avancer.

On a d&#8217;abord débarqué mes bagages. Puis moi. Rien n&#8217;y faisait. Nous faisions du 3 ou 4 km [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous venons de nous poser dans une petite ville. Pour cause de fatigue. Pour cause d&#8217;échec de notre logistique. La charette, qui devait être notre nouveau moyen de locomotion, n&#8217;a pas rempli ses promesses. Babel III refusait d&#8217;avancer.</p>
<p><span id="more-183"></span></p>
<p>On a d&#8217;abord débarqué mes bagages. Puis moi. Rien n&#8217;y faisait. Nous faisions du 3 ou 4 km /heure, soit le même rythme que lorsque nous marchions.  « Il faut le frapper, nous a-t-on dit. C&#8217;est comme ça que les ânes sont habitués ici.» Sauf que Marc et moi, nous ne sommes pas habitués et n&#8217;avions pas envie de le devenir. Le bâton, c&#8217;est contre notre nature. Une forme de violence qui n&#8217;appartient pas à notre voyage. Ça casse l&#8217;esprit du périple. Aussi bien que la charrette brinquebalante qui nous empêchait de regarder, d&#8217;écouter. Il fallait sans cesse avoir les yeux fixés sur la route et les grincements de l&#8217;engin nous coupaient des sons de la nature. Nous nous retrouvions avec tous les inconvénients de la lenteur, mais sans les avantages, et surtout sans la satisfaction d&#8217;avoir conquis la route de nos pas.</p>
<p>Le moral de Marc était au plus bas. Je ne l&#8217;avais encore jamais vu comme ça.  Écroulé de fatigue, il en a eu marre. Il a laissé la charrette dans un village, et a sauté dans un camion pour Ourossogui, première ville sur notre route où l&#8217;on pouvait trouver une chambre climatisée pour qu&#8217;il se repose. Marc a besoin de faire le point et le plein. Ourossogui : une de ces villes moches, chaotiques, qui a poussé pour des raisons commerciales uniquement.</p>
<p>Une vague de chaleur exceptionnelle souffle sur le Sahel. C&#8217;est insupportable.  Même les Sénégalais qualifient le climat d&#8217;extrême. Même moi qui en ai sué d&#8217;autres en Afrique, je n&#8217;ai jamais dû fermer les yeux comme je le fais maintenant pour me protéger de l&#8217;harmattan, en feu. À midi, on ne sait plus si la menace vient du ciel ou du sol. Tout se confond dans une brûlure invisible qui ne s&#8217;apaisera que bien tard dans la nuit.</p>
<p>Marc a regardé la météo. On annonce 47 degrés pour aujourd&#8217;hui et demain, puis 45 pour le reste de la semaine. Ça correspond à plus de 50 degrés sur le goudron. Il faut compter un ou deux degrés de plus à Kayes, notre première desination au Mali. La décision de Marc est prise : plus question de marcher. On va se tuer. Donc, pour l&#8217;instant, nous sommes prostrés.</p>
<p>Quand je regarde dehors, qu&#8217;est-ce que je vois ?</p>
<p>Un silence qui dure.</p>
<p>Et de la poussière.</p>
<p>L&#8217;immobilité lourde.</p>
<p>Un peuple en attente dans un four.</p>
<p>Est-ce de la patience ou de la résignation?</p>
<p>Le soleil et la chaleur ont pris le peuple en otage. Un peuple pris dans un carcan d&#8217;immobilisme.</p>
<p>Marc doit prendre une décision pour le reste du voyage. Il souhaiterait ne pas perdre la lenteur du déplacement, mais ça risque d&#8217;être difficile. C&#8217;est pas comme si on avait plusieurs options pour se déplacer. À part les taxis brousse&#8230; Je vais quand même aller faire un tour à Matam, une ville sur le fleuve Sénégal, à quelques kilomètres d&#8217;ici pour voir s&#8217;il y a des pirogues qui remontent le fleuve&#8230; Juste pour voir. Je sais, je rêve en couleurs.</p>
<p>De mon côté, le moral est étonnamment bon. Je prends les choses comme elles viennent. Ça fait partie du road movie&#8230; Ou suis-je simplement tombée dans cette langueur molle, seul gage de survie ?</p>
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		<title>Destination: Bamako. Transport: Charette</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 21:49:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Je suis toujours à Podor. Selon les toutes dernières estimations de Marc Roger, lecteur public que j&#8217;ai surpris ce matin en train de regarder la carte sans moi, nous partons demain matin. La charrette est devant la porte. Nous atteignons une ville dans quelques  300 km d&#8217;ici. Ça va nous prendre entre dans 10 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis toujours à Podor. Selon les toutes dernières estimations de Marc Roger, lecteur public que j&#8217;ai surpris ce matin en train de regarder la carte sans moi, nous partons demain matin. La charrette est devant la porte. Nous atteignons une ville dans quelques  300 km d&#8217;ici. Ça va nous prendre entre dans 10 à 15 jours, parce qu&#8217;on n&#8217;y va pas en ligne droite, mais en longeant le fleuve. D&#8217;ici là, la brousse et encore la brousse.  Et pas d&#8217;accès internet, va sans dire.</p>
<p><strong><span id="more-177"></span></strong>Marc est crevé. La nuit ici est insupportablement bruyante. Quand ce ne sont pas les muezzins qui prient jusqu&#8217;à 3h du matin (c&#8217;est pas des blagues), ce sont les jeunes du quartier qui font la fête équipés de haut-parleurs, ma foi, bien peu civilisés. Le pauvre Marc ne dort pas de la nuit. Moi j&#8217;ai cette extraordinaire capacité à dormir partout, n&#8217;importe quand et n&#8217;importe comment (un vrai don du ciel), alors je dors. J&#8217;essaie de lui dire qu&#8217;on va mieux dormir en partant d&#8217;ici, mais il doute que nos nuits en brousse soient réparatrices. Il sent que je trépigne.</p>
<p>Il nous reste 1100 km à faire d&#8217;ici Bamako, et que nous allons probablement les franchir au complet avec Babel III et notre charrette qui a maintenant fière allure. À partir de maintenant, pas question de marcher tout le temps.  Babel III n&#8217;est pas entraîné pour marcher, mais pour tirer. Quand on marche à côté de lui, il n&#8217;avance pas. De toute façon, Trop chaud et trop peu de temps. C&#8217;est fou comme le temps est une denrée rare et précieuse. Même quand on pense le prendre, il finit par nous échapper. Marc est parti pour plus d&#8217;un un an et le temps lui manque. Ça me laisse songeuse.</p>
<p>Voilà mes chers amis. J&#8217;entame la dernière ligne droite de la méridienne et vous emmène avec moi, les mamans, les futures mamans qui se frottent la bédaine, les travailleurs, les obsédés, les angoissés, les zens, les assoiffés, les rassasiés. Il y a de la place pour tous.</p>
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		<title>Podor, 42 degrés</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Apr 2010 20:30:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Je suis donc à Podor, LA ville la plus chaude du Sénégal qu&#8217;ils disent (mais c&#8217;est peut-être juste pour se vanter. Marc a un ami ici qui tient une auberge. Je viens de passer 3 jours sur un bateau de croisière avec des touristes français (l&#8217;horreur). Ce qui était chouette c&#8217;est que je pouvais sauter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis donc à Podor, LA ville la plus chaude du Sénégal qu&#8217;ils disent (mais c&#8217;est peut-être juste pour se vanter. Marc a un ami ici qui tient une auberge. Je viens de passer 3 jours sur un bateau de croisière avec des touristes français (l&#8217;horreur). Ce qui était chouette c&#8217;est que je pouvais sauter dans le fleuve Sénégal à peu près quand je voulais et barboter entre la Mauritanie d&#8217;un côté et le Sénégal de l&#8217;autre. Littéralement. Le fleuve est très étroit à certains endroits. J&#8217;ai même nagé jusqu&#8217;à la rive mauritanienne, mais les G.O. du bateau m&#8217;ont gueulé de revenir. Pas de visa&#8230; n&#8217;importe quoi&#8230; J&#8217;ai donc salué les femmes et enfants qui se lavaient dans le fleuve et j&#8217;ai fait demi-tour.</p>
<p><span id="more-189"></span></p>
<p>On change de mode de fonctionnement pour la suite. Marc et moi on fait construire et on achète&#8230; une charrette. Qui sera tirée par Babel III qu&#8217;on va magasiner demain. C&#8217;est le moyen de transport le plus commun ici. On va donc pouvoir charger mes bagages aussi, et il ne me restera plus qu&#8217;à monter sur une moto aux deux ou trois jours pour trouver de l&#8217;électricité pour recharger mes batteries (non, pas « mes » batteries, celles de la caméra qui fondent carrément). Ce voyage prend décidément des allures un peu bizarres. On va essayer de longer le fleuve le plus souvent possible (il y a des obstacles qui vont parfois nous en empêcher) pour pouvoir nous plonger dedans dès qu&#8217;on en aura envie. Seul espoir de survie mentale sur cette terre de feu. C&#8217;est un peu exagéré, là, avec l&#8217;harmattan qui nous souffle dessus comme un séchoir à cheveux.</p>
<p>Je vais être à Podor jusqu&#8217;à lundi am, moment où la charrette devrait être prête&#8230; Ben hâte de voir ça. Oh boy!</p>
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		<title>Treize ans plus tard, les baobabs n&#8217;ont pas bougé&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Apr 2010 03:21:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Tournage]]></category>

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		<description><![CDATA[Retour à Thiès hier où j&#8217;ai passé 6 mois en 1997. Ça faisait des années que je m&#8217;imaginais y retourner. Ça s&#8217;est passé exactement comme je l&#8217;avais vu mille fois dans ma tête. J&#8217;ai retrouvé les deux baobabs, point de repère immuable du quartier. J&#8217;ai retrouvé la maison. J&#8217;ai poussé le portail en fer.
La cours [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Retour à Thiès hier où j&#8217;ai passé 6 mois en 1997. Ça faisait des années que je m&#8217;imaginais y retourner. Ça s&#8217;est passé exactement comme je l&#8217;avais vu mille fois dans ma tête. J&#8217;ai retrouvé les deux baobabs, point de repère immuable du quartier. J&#8217;ai retrouvé la maison. J&#8217;ai poussé le portail en fer.</p>
<p><strong><span id="more-202"></span></strong>La cours était peuplée d&#8217;hommes qui jouaient aux cartes, de femmes accroupies au-dessus de grands sceaux en plastiques colorés. Tonton Étienne a relevé la tête, l&#8217;air indifférent, puis sceptique. Il m&#8217;a regardé quelques secondes, puis s&#8217;est exclamé : Mais c&#8217;est pas possible&#8230; Cathy ?!</p>
<p>Hilarité générale. Quatre de mes petits frères devenus grand étaient là. On a téléphoné aux deux autres, l&#8217;un en Espagne, l&#8217;autre au Luxembourg&#8230; On a bu des bières Gazelle sous le manguier, comme avant. Je retourne chez ma famille sénégalaise dès aujourd&#8217;hui pour y passer deux jours avant d&#8217;aller rejoindre Marc au nord. Je vais dormir dans ce qu&#8217;ils appellent « ma chambre ». Je suis rentrée à Dakar hier soir, saoulée de chaleur humaine,  en me disant qu&#8217;on avait franchement tout à apprendre de la fidélité des sentiments et de l&#8217;hospitalité des Sénégalais.</p>
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		<title>Bye bye Casa, bonjour Dakar</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Mar 2010 03:23:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Je suis à Casablanca, étape finale avant l&#8217;Afrique subsaharienne. Ce soir, Marc s&#8217;est envolé pour Dakar. Je lui emboite l&#8217;aile dans 48 heures. Je l&#8217;ai vu s&#8217;éloigner dans le taxi, et j&#8217;avais la gorge nouée. Avant-goût de ce que ce sera en juillet de quitter mon fidèle compagnon de voyage. Tout un bonhomme. Vous verrez.

Rituel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Je suis à Casablanca, étape finale avant l&#8217;Afrique subsaharienne. Ce soir, Marc s&#8217;est envolé pour Dakar. Je lui emboite l&#8217;aile dans 48 heures. Je l&#8217;ai vu s&#8217;éloigner dans le taxi, et j&#8217;avais la gorge nouée. Avant-goût de ce que ce sera en juillet de quitter mon fidèle compagnon de voyage. Tout un bonhomme. Vous verrez.</strong></p>
<p><span id="more-209"></span></p>
<p>Rituel de transition pour moi. Je me promets de réduire mes bagages, comme d&#8217;habitude. Comme d&#8217;habitude, ce sera un échec. Je ne vais laisser qu&#8217;un t-shirt et quelques autres bébelles à la femme de ménage. Celle-ci s&#8217;appelle Nadia. Elle répète mon nom chaque fois qu&#8217;elle passe dans le corridor, comme si elle le disait juste parce que ça sonne joli. Je lave mes sous-vêtements avec la savonnette de l&#8217;hôtel au parfum de rose. J&#8217;adore ce parfum  à l&#8217;étranger. Je le déteste à Montréal. Allez savoir. J&#8217;installe une corde à linge de fortune sur le balcon. Ce soir, Casablanca mérite doublement son nom. La ville blanche baigne dans une lumière laiteuse. La ville est brouillée.  J&#8217;installe la caméra sur son trépied, question d&#8217;enregistrer une dernière fois l&#8217;appel à la prière du muezzin. La quatrième et avant-dernière  de la journée. Mais le boulevard sur lequel donne ma chambre crie de ses mille klaxons. Le chant râpeux du muezzin se perd, bouffé par la ville qui s&#8217;accorde mal avec la religion. Je sourie. C&#8217;est vraiment la fin. Je suis un peu triste. Comme il est étrange de se sentir nostalgique de quitter un pays qui nous a donné tant de mal. Peut-être qu&#8217;on aime davantage ce qu&#8217;on a durement apprivoisé.</p>
<p>Mardi, donc, je pique vers le sud, vers l&#8217;Afrique noire. Direction : le Sénégal. C&#8217;est là que j&#8217;ai fait mon premier grand voyage. J&#8217;avais 22 ans. J&#8217;y suis restée 6 mois. Je n&#8217;y suis jamais retournée.  Je vais faire un crochet par Thiès pour tenter de retrouver la famille chez qui j&#8217;ai habité à l&#8217;époque. Je sais que la maman, tata Martine, est décédée. Le papa m&#8217;avait écrit pour m&#8217;en informer il y a deux ans. Il avait retrouvé mon adresse sur une lettre que Jaco lui avait écrite pour le remercier d&#8217;avoir veillé sur moi. Solidarité de papas. Je sais que je vais être déçue. Le petit Jean-Baptiste ne sera plus petit. Le papa Etienne aura des cheveux gris et tata Martine ne sera plus là pour me raconter ses accouchements. Six enfants, six garçons. « Cathy, elle me disait, quand j&#8217;ai entendu les pleurs du bébé, j&#8217;ai dit au docteur : Mais c&#8217;est pas possible, docteur, c&#8217;est encore un garçon ! Je te le jure, Cathy, juste en entendant les pleurs du bébé&#8230;  Et quand j&#8217;ai accouché du sixième et que j&#8217;ai entendu les pleurs du bébé&#8230;» J&#8217;aurais aimé la filmer tata Martine me racontant ses accouchements sous le manguier en buvant du thé trop sucré. Putain de vie. Putain de mort.</p>
<p>Il ne me reste que trois mois de voyage. Que ? Ils seront durs. Ils seront beaux. Ils seront étouffants. Nous allons longer le fleuve Sénégal, frontière naturelle avec la Mauritanie au nord, et le Mali à l&#8217;est. Pas de grande ville sur notre chemin.</p>
<p>En transit, comme je le suis en ce moment, le temps est suspendu. Je ne sais plus si ça fait longtemps que je suis partie de Montréal. Je ne sais pas s&#8217;il me reste beaucoup de temps avant de rentrer. Je suis partie hier, je suis partie il y a un siècle. Le sirocco venu du désert au nord du Mali aura à peine le temps de souffler sur Bamako, que je serai déjà rentrée.</p>
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		<title>Les éclopés s&#8217;amusent</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 03:31:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Tournage]]></category>

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		<description><![CDATA[Deux jours de marche, dont le premier sous la pluie. Une cinquantaine  de kilomètres en tout. Pour suivre « de près » l’avancée de Marc, Pedro  et moi avons décidé de réduire nos bagages à leur plus simple  expression, pour marcher et dormir avec Marc dans la nature (la balance  des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Deux jours de marche, dont le premier sous la pluie. Une cinquantaine  de kilomètres en tout. Pour suivre « de près » l’avancée de Marc, Pedro  et moi avons décidé de réduire nos bagages à leur plus simple  expression, pour marcher et dormir avec Marc dans la nature (la balance  des bagages est restée à l’hôtel et a été récupérée par Mohamed, notre  assistant de production).  Marc m’avouera plus tard qu’il trouvait notre  entreprise  « étonnante ».  Trop de diplomatie. Le qualificatif <em>suicidaire</em> eut été plus approprié.</strong></p>
<p><span id="more-213"></span></p>
<p>Même avec le minimum d’équipement, nos sacs font plusieurs kilos. Pas  grave, je me dis-je fièrement, Mère Nature m’a pourvue de jambes  endurantes qui ne m’ont jamais fait défaut. Erreur. Dès le départ,  je  me sens comme si je portais le poids du monde sur mon dos. J’en fais  part à Pedro que je crois mon complice : je ne me tiendrai pas jusqu’à  la fin. « Cat, l’entends-je répondre, ce n’est pas permis de dire des  choses comme ça dès le début de la journée.» Enregistré.  Je ravale ma  douleur, je gonfle mon orgueil. Je devrais en avoir une réserve  suffisante jusqu’à la fin de la journée. L’orgueil a tenu le coup. Les  pieds pas. Arrivée dans un village à la tombée de la nuit, j’ai les  pieds en charpies. Des pieds ? Non.  Ne restent que deux douloureuses  galettes au bout de mes jambes. Bilan : trois ampoules au pied gauche.  La Vilaine a refait surface.</p>
<p>Je m’en veux. J’en veux à mes pieds d’être si faibles. J’en veux à  mon sac d’être si lourd. J’en veux au paysage d’être si magnifique alors  que je souffre, moi. Je m’en veux d’avoir ces pensées débiles. Et  encore plus de les écrire. Il nous a fallu deux heures, et probablement  des dizaines de coups de fil du pacha aux policiers, des policiers à la  gendarmerie, de la gendarmerie à je-ne-sais-qui, avant que la porte du  centre d’accueil du village ne s’ouvre. C’était comme la caverne d’Ali  Baba. Derrière la porte , tous les fantasmes du marcheur sont devenus  réalité: chaleur, lits, douche, repas chaud. Après un souper pris sous  le regard inquisiteur du gardien du village, nous sommes tombés dans un  délicieux coma collectif. Aux autorités, nous avons dû paraître bien peu  menaçants, finalement : trois corps épuisés reposant lourdement dans  leurs sacs de couchage. Marc avait même pris soin de retirer la pile de  l’horloge au mur; son tic-tac était une véritable menace pour les  quelques heures de sommeil que nous avions devant nous. Gare à qui ou  quoi aurait voulu les gâcher.</p>
<p>Nous avons repris la marche au lever du soleil. Les agriculteurs  partis vendre leur produits au marché revenaient sur des chariots tirés  par un mulet. Ils nous sourient. Nous saluent. Trois bozos sur la route  égayent leur journée. J’ai fini la route dans la boîte d’un camion de  marchandise. Mes pieds ont finalement sommé à mon orgueil de se la  fermer.</p>
<p>Arrivée dans la ville de Mechra, ma foi, plutôt hostile. La ville au  complet baigne dans la boue et dans une odeur d’égoûts.  Aller, j’y vais  sans détour : ça sent la merde. Partout.  Je parle de boue, mais je  soupçonne autre chose.</p>
<p>C’est un groupe d’éclopée qui fait son entrée à Mechra. Je tiens à  peine debout sur mes ampoules. Babel a une plaie ouverte sur le dos.  Marc s’est fait mordre par un chien.  Je le retrouve assis sur son lit  (Marc, pas le chien), des ouates ensanglantées dans chaque main. Nous  formons un joli tableau. Et Pedro? J’ouvre la porte de la chambre. «  Referme vite, dit-il, l’odeur de <em>mierda</em> entre dans la chambre.  Il est vert. Son estomac fait des glou-glou. À chacun ses bobos.</p>
<p>Exotique, le Maroc ? Yes, indeed. Faut simplement avoir l’esprit  ouvert quand vient le temps de définir l’exotisme.</p>
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		<title>Premiers pas sur la méridienne au Maroc</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Jan 2010 03:34:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Pierre Chazel</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Tournage]]></category>

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		<description><![CDATA[Le détroit de Gibraltar a tenu ses promesses. Mer houleuse, lumière morcelée, ciel agité par la course des nuages. Du paquebot sur lequel nous étions embarqués, nous pouvions voir une bande de terre au bout de lamer. L&#8217;Afrique. Notre bateau était à la merci des vagues. Sa proue pointait un instant vers le ciel, pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le détroit de Gibraltar a tenu ses promesses. Mer houleuse, lumière morcelée, ciel agité par la course des nuages. Du paquebot sur lequel nous étions embarqués, nous pouvions voir une bande de terre au bout de lamer. L&#8217;Afrique. Notre bateau était à la merci des vagues. Sa proue pointait un instant vers le ciel, pour retomber ensuite sous la ligne d&#8217;horizon. De nombreux passagers, le corps plié en deux,  se tenaient la tête  par-dessus bord : le mal de mer ne devaient plus les quitter jusqu&#8217;à notre arrivée au Maroc. Le morceau de terre nous narguait. L&#8217;Afrique apparaissait très proche, et l&#8217;instant d&#8217;après, semblait s&#8217;éloigner de nous. Combien de clandestins, en fuite d&#8217;Afrique et en rêve d&#8217;Europe, ont eu cette même impression ? Combien ont vu s&#8217;élever la vague fatale qui devait les engloutir ? Pensée noire qui m&#8217;insupporte. La mer m&#8217;est apparue bien hostile ce jour-là.</strong></p>
<p><span id="more-215"></span></p>
<p>Le paquebot a doucement glissé dans le port de Tanger. Ma première entrée en Afrique par voie de mer. La méridienne de Marc vient de sauter à pieds joints sur un nouveau continent. Que nous réserve-t-il donc?</p>
<p>À Tetouan, Marc a magasiné Babel 2. Après plusieurs péripéties que je vous invite à lire, il a trouvé : www.saintmalobamako.net. Bienvenu Babel 2 !</p>
<p>15 janvier : premier jour de marche. Tout comme moi, Pedro et Marie-Pierre sont heureux de prendre la route. Nous avions des fourmis dans les jambes. Tout au long de la route, on se fait arrêter par la police marocaine qui veut voir nos passeports et notre autorisation de tournage. C&#8217;est qu&#8217;ils sont zélés les hommes en costume. S&#8217;il se trouvait une équipe de tournage dans « leur » zone, c&#8217;est leur job qui serait en jeu.</p>
<p>Au milieu de la journée, Pedro me dit que nous sommes suivis.  Paranoïa sud-américaine? Non. Deux mecs dans une voiture blanche sont postés derrière nous. On démarre, ils démarrent. On s&#8217;arrête. Ils s&#8217;arrêtent. Des espions en herbe n&#8217;auraient pas fait mieux. On fonce vers eux pour savoir ce qu&#8217;ils veulent : « On est là pour votre sécurité » nous disent-ils. Tu parles. Nous apprendrons plus tard qu&#8217;il s&#8217;agit des services de renseignement marocains. La suite est floue. Appels répétés sur mon téléphone cellulaire. Les appels de Montréal affichent un numéro marocain : je suis sous écoute. La peu s&#8217;est installée. S&#8217;agit-il vraiment des services secrets ou sommes-nous filés par des voyous ? On va au bureau de la sûreté nationale. Le chef de la police trouve que tout cela est bien irrégulier. Encore une fois, c&#8217;est Pedro qui voit : sur le bureau du chef, il y a une fiche sur chacun de nous. Erreur d&#8217;un douanier paresseux ou code secret ? Pedro est décrit comme vétérinaire/biologiste, Marie-Pierre comme comptable et moi&#8230; Et pour moi c&#8217;est écrit : situation imprécise. Je n&#8217;ai donc pas une tête qui inspire un métier ? Pas même un petit boulot de rien du tout ? Le moment n&#8217;était pas à la rigolade, mais si c&#8217;eût été le cas, je lui aurais demandé d&#8217;écrire : cinéaste-qui-suit-un-homme-et-son-âne-même-si-cela-vous-semble-incongru-et-qui-n&#8217;a-pas-la-moindre-intention-de-troubler-la-paix-du-royaume-marocain-mais-qui-veut-bien-profiter-des-couscous-et-de-la-tagine-et-recueillir-au-passage-quelques-recettes-à-moins-que-lesdites-recettes-ne-soient-secrètes.</p>
<p>On est ici pour deux mois et demi, soit jusqu&#8217;à la fin du mois de mars. Ils vont être bien épuisés après notre passage les gendarmes et espions et simples policiers du royaume&#8230;</p>
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